La bibliothèque récréative

17 mai 2012

Tout le monde n'a pas la chance de connaître des peintres célèbres

PetiteMainMatisseLe parcours de Jacqueline Duhême est extraordinaire à plus d'un titre. Ses origines et son enfance rude ne la destinaient pas a priori à une carrière artistique. Pourtant sur ce chemin semé d'embûches, une bonne étoile plaça quelques personnages bienveillants et de haute renommée. Ainsi, après avoir rencontré Paul Eluard, Henri Matisse l'engage comme aide dans son atelier de Vence, point de départ d'une vie hors-norme. Si on connaît déjà de nombreux éléments de la vie de Jacqueline Duhême, elle nous fait accéder ici plus précisément à l'intimité du maître avec sa manière simple et colorée de restituer les choses. Dans Petite main chez Henri Matisse (Gallimard jeunesse, 2009), l'illustratrice partage des souvenirs, émaillés d'anecdotes passionnantes et de conseils pratiques (comment nettoyer et conserver ses pinceaux par exemple). Parallèllement à son travail (découpage et engouachage des papiers, travail des vitraux de la chapelle de Vence...), le peintre lui donnait des conseils artistiques, l'encourageant à travailler et à perfectionner son dessin. En entrouvrant la porte des coulisses d'un atelier de grand peintre, cet album tout public, un peu hybride, apporte un éclairage vraiment différent sur la personnalité de Matisse et se lit avec jubilation et gourmandise.

Le garçon qui a mordu Picasso (une histoire vraie), Thames & Hudson (2010) : voilà un titre de gloireGarçonQuiAMorduPicasso dont peu d'enfants peuvent se targuer. Il faut dire que le petit Antony Penrose, l'auteur, partait avec un avantage non négligeable. Sa mère, Lee Miller (1907-1977), fut une grande photojournaliste américaine. Ayant vécu avec Man Ray, muse de Picasso, la photographe côtoyait du beau monde. Tony vivait donc dans une atmosphère unique qu'il décrit avec un plaisir évident en nous relatant notamment ses vacances chez le peintre dans le sud de la France. On y apprend quelques anecdotes sur sa vie ainsi que des détails sur la réalisation de certaines de ses oeuvres : comment il utilisait des objets (panier, petite voiture jouet...) pour charpenter ses sculptures par exemple. Un personnage qui aimait jouer avec les enfants, se déguiser, digne de sa réputation d'original, se dessine dans ce portrait attachant. Illustré de nombreuses photos en noir et blanc, de dessins, de reproductions d'oeuvres, cet album qui mêle souvenirs autobiographiques et considérations artistiques permet une initiation tout en douceur sur l'art. On partage avec une empathie véritable l'amitié de l'auteur pour ce fameux Picasso toujours vêtu de sa marinière.

A lire

  • Jacqueline Duhême : passions couleurs, entretiens avec Florence Noiville, Gallimard jeunesse - Seuil, 1998.
  • Line et les autres, Jacqueline Duhême, Gallimard, 1986 (autobiographie épuisée).

Sur le web

  • Un article sur Ricochet : Les sourires de Jacqueline Duhême de Jacques Desse.
  • Vie et desseins : un article de Anne Diatkine sur Jacqueline Duhême (Libération du 29 mai 1997).
  • Un article du Guardian  de Kate Kellaway (22 août 2010) sur Antony Penrose et Picasso : With Picasso the rule book was torn up.
  • Un autre article sur The Telegraph du 27 mars 2011 : Farley Farm : Where Picasso came to tea.

Petite main chez Matisse, Jacqueline Duhême, Gallimard jeunesse, 2009; Le garçon qui a mordu Picasso (une histoire vraie), Antony Penrose, trad. de l'anglais par Pierre Saint-Jean, Thames & Hudson, 2010 (The Boy Who Bit Picasso, 2010).

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07 mai 2012

Initials T.T.

MaTataThereseTata Thérèse a déjà eu son heure de gloire sur de nombreux blogs de lecteurs mais je la trouve tellement fabuleuse que j'ai moi aussi envie de lui dresser une petite stèle numérique. Dès la couverture, où on la voit entourée d'animaux parfois insolites, on sait que l'on va l'adorer. Fabrice Nicolino prévient le lecteur d'entrée, sa tante paraît tellement farfelue que l'on peut la croire inventée. Et pourtant, tout est vrai...ou presque. Ma tata Thérèse, sorte de Brigitte Bardot anti-glamour (le port du dentier ça casse tout sex-appeal), personnage populaire s'il en est, vivait dans une cité HLM parisienne près de la rue Mouffetard (les amateurs de livres pour enfants reconnaîtront le nom de cette rue squattée par une sorcière célèbre) dans un minuscule appartement au sein d'une tribu animale véritablement étonnante. L'auteur nous restitue ainsi ses souvenirs d'enfance avec une gourmandise évidente et contagieuse. En effet, l'enfant qu'il fut garde en mémoire des moments incroyables passés en compagnie de cette dame aussi dingue que géniale. Chez ma tata Thérèse, certaines règles étaient de mise : pour aller au petit coin par exemple, il fallait faire attention à bien refermer la porte car un faisan de 90 cm y vivait comme un roi en son royaume, à l'abri des prédateurs félins hébergés par la dame. Il ne fallait pas non plus avoir peur de côtoyer des animaux un peu exotiques dirons-nous, tels des fennecs ou des singes. Elle se transformait souvent en pasionaria de la cause animale n'hésitant pas à braver la loi pour sauver des pigeons ou à affronter des bouchers, couteaux à la main, prêts à saigner un innocent et virginal agneau. Et imaginez-vous vivre avec un mouton dans un appartement...tout un programme. Ce qui est sûr c'est que le petit Fabrice et son frère Régis ne se sont jamais ennuyés à son contact, ni à celui de sa faune. Nous-mêmes en refermant ce livre, on sait que désormais tata Thérèse, la magicienne, fait définitivement partie de notre famille de coeur.

L'association de la verve et de la candeur de l'auteur aux dessins de Catherine Meurisse croqués avec une tendresse généreuse donne irrésistiblement à penser au célèbre duo Goscinny/Sempé. D'ailleurs, le Petit Nicolas a commencé sa carrière de papier à l'époque même des souvenirs évoqués par Fabrice Nicolino dans son récit. Ce n'est sûrement pas un hasard...

Ma tata Thérèse, Fabrice Nicolino, ill. de Catherine Meurisse, Sarbacane, 2012.

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25 avril 2012

Page blanche # 5

SouvenirsMaVieDansUnVillagePolognePremière exception à la règle d'unité des couvertures de la collection Page Blanche, Souvenirs de ma vie dans un village de Pologne  (Memories of my Life in a Polish Village, 1990) met en avant le talent de son auteur pour le dessin et la peinture. En effet, l'éditeur a utilisé une de ses natures mortes pour l'illustrer. Ce livre-témoignage de Toby Knobel Fluek raconte sa vie de jeune fille juive en Pologne avant et pendant l'occupation nazie. Parmi les très nombreux récits liés à la Shoah, celui de Toby Knobel Fluek se distingue par la présentation en courtes séquences qui mêlent texte et images. Les nombreux dessins et tableaux intensifient cette histoire dramatique. L'auteur nous y présente sa famille, sa culture, son village puis nous immerge dans l'horreur et la réalité crues de ces années sombres. Toby Knobel Fluek n'a pas subi la déportation en camps mais a vécu, de 1943 à la Libération, comme une fugitive, vivant d'expédients là dans un grenier ou en pleine forêt, là hébergée par une voisine courageuse, éprouvant une grande solitude, la séparation d'avec ses proches. On suit avec empathie son parcours jusqu'à la période d'après-guerre, la vie à reconstruire dans une société qui ne souhaitait pas s'embarrasser des victimes encombrantes. Pierre indispensable au devoir de mémoire, comme tous les témoignages sur l'Holocauste, Souvenirs de ma vie dans un village en Pologne n'est malheureusement plus disponible en français.

A lire

  • Toby Knobel Fluek a également écrit et illustré un recueil pour les enfants sur la Pâques juive telle qu'elle était célébrée dans son village de Pologne (non traduit) : Passover as I Remember, Knopf, 1994.

Sur le web

Souvenirs de ma vie dans un village de Pologne, Toby Knobel Fluek, trad. de l'américain par Jean-François Ménard, Gallimard, coll. Page Blanche, 1990.

(Ill. de couv. : copyright Gallimard)

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23 avril 2012

C'est beau une ville la nuit

SafariNuitSafari nuit : les animaux dans la ville de Stéphanie Baunet et Claude Grétillat (Le Baron perché, coll. Dans la ville, 2011) prouve que l'on peut encore innover dans le domaine archi-exploité du documentaire animalier. Presque tous les éditeurs s'essayent à ce type d'ouvrages allant de la monographie classique sur une espèce à l'album thématique (les oiseaux, le camouflage, la reproduction...) en passant par des livres plus artistiques (tels Oxiseau ou Axinamu de Pittau et Gervais aux éditions des Grandes Personnes, par exemple). Toutes les techniques d'illustration peuvent s'utiliser et se combiner.

Tout est réjouissant dans ce livre au format à la française. L'utilisation de la photographie est ici détournée, trafiquée afin de créer des tableaux nocturnes étranges et fascinants bien adaptés au thème. La photo d'un espace urbain (façade d'un immeuble, station-service...) est d'abord colorisée (jaune, bleu, rose) puis des gravures anciennes d'animaux, récoltées dans des documents naturalistes du XVIème et du XVIIIème siècle, sont ajoutées. En vis-à-vis, un texte simple et bref en gros caractères pour les plus petits complète les notices de présentation des animaux sélectionnés dans un glossaire en fin d'ouvrage. Les mystères de la ville la nuit, tout un monde inconnu se dévoilent aux yeux de futurs petits naturalistes. Une très belle façon de dépoussiérer le genre en initiant les enfants à la création contemporaine via les illustrations photographiques très originales à la fois réalistes et fantasmagoriques.

Safari nuit : les animaux dans la ville, texte de Stéphanie Baunet, photogr. de Claude Grétillat, Le Baron perché, coll. Dans la ville, 2011.

(Ill. de couv. : copyright Le Baron perché)

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21 avril 2012

Voir la vie en vert

HistoireEnVertDeMonGrandPereLane Smith avait créé la sensation en 2011 avec l'ingénieux C'est un livre (It's A Book, 2010; Gallimard jeunesse), une ode au livre papier, l'invention la plus technologique qui soit. L'auteur revient ici avec un nouvel album enchanteur intitulé L'histoire en vert de mon grand-père (Grandpa Green, 2011; Gallimard jeunesse, 2012). Un petit garçon découvre l'histoire de son aïeul à travers les sculptures végétales d'un merveilleux jardin paysager. Les arbres et arbustes se transforment ainsi sous les cisailles du jardinier en personnages ou en objets que l'on découvre au fil des pages en déambulant dans ce jardin du souvenir. Grâce à ce grand-père aux mains vertes, les enfants découvriront la magie de l'art topiaire, art soit dit en passant qui date de l'Antiquité. L'air de rien, cet album aborde des sujets essentiels comme la mémoire, la place de l'homme dans la nature, les cycles de la vie, le respect des anciens. Les illustrations sont remarquables : de petites touches de couleurs dégradées donnent de la matière et du relief aux haies et massifs saisissants de réalité, le dessin au trait figurant les personnages et les éléments non végétaux apporte de la finesse aux tableaux, l'ensemble dégageant une impression de fraîcheur et de légèreté notamment grâce aux aplats réalisés à l'éponge. Les dernières pages à rabats nous livrent la vision panoramique du jardin mais aussi celle d'une vie entière résumée par ses éléments marquants.

Pour prolonger cette balade poétique, je conseille le classique de Quentin Blake, Le Bateau vertJardinVoyageur (Gallimard jeunesse, 1998; The Green Ship, 1998). Deux enfants pénètrent dans un parc où ils découvrent un étonnant bateau végétal, prétexte à quelques croisières immobiles mais trépidantes. C'est pour moi un des plus beaux livres pour enfants, un indispensable qui célèbre l'imaginaire, le jeu, le rêve. Dans la série des jardins remarquables, attardons-nous sur Le Jardin voyageur de Peter Brown (Nord Sud, 2010; The Curious Garden, 2009). Grâce à un petit garçon, quelques plantes à l'agonie sur une ligne de chemin de fer, reprennent vie, s'épanouissent le long des rails jusqu'à coloniser la ville elle-même. Une belle façon de rappeler que la nature reprend toujours ses droits et que l'on ne peut pas se couper d'elle. Terminons avec Vert secret de Max Ducos (Sarbacane, 2011). Fidèle au concept d'album débuté avec Jeu de piste à Volubilis, l'auteur lance deux enfants à la recherche d'un mystérieux trésor. Au cours de leur quête, ils vont découvrir l'art des jardins à la française : potager, bassins, fontaines, labyrinthes...Max Ducos sait concocter des intrigues purement enfantines sans jamais sacrifier la qualité de son travail. Les jardins et la nature, des thèmes à la mode ? Réjouissons-nous!

BateauVert

VertSecretL'histoire en vert de mon grand-père, Lane Smith, trad. de l'anglais par Catherine Gibert, Gallimard jeunesse, 2012; Le Bateau vert, Quentin Blake, trad. de Anne de Bouchony, Gallimard jeunesse, 1998; Le Jardin voyageur, Peter Brown, trad. de Martine Desbureaux, Nord Sud, 2010; Vert secret, Max Ducos, Sarbacane, 2011.

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19 avril 2012

Les parutions indispensables du mois de mai

Parmi les parutions de mai, j'ai retenu le prochain Meg Rosoff (La balade de Pell Ridley, Albin Michel jeunesse, coll. Wiz), sortie prévue le 2 mai. Présentation de l'éditeur : "XIXe siècle, Angleterre. Le matin de son mariage, Pell Ridley s’enfuit de chez elle à cheval. Promise depuis l’enfance au fils du forgeron, elle décide d’échapper à un destin tout tracé. Commence pour Pell un long périple, une course sauvage qui la conduit vers son indépendance et la découverte de l’amour..."

BaladePellRidley

Enfin, elle revient. Qui? Thérèse Miaou bien sûr, dans une nouvelle aventure où elle n'a rien perdu de son caractère entier : C'est qui la plus classe?  (Quelle question!) de Gérard Moncomble et Frédéric Pillot, Hatier poche, coll. Premières lectures. Sortie prévue le 2 mai. Présentation de l'éditeur : "Moi, Thérèse Miaou, je vous dis : les concours de beauté, c'est pas ma tasse de thé. Seulement voilà : Suzanne et les papa-maman font le forcing. Alors je cède. Mais dandiner mon popotin sur un podium, tintin ! Je vais gagner à ma façon. Vu ?"

CEstQuiPlusClasse

Le tome 2 des aventures de Rico et Oscar. Après Mystère et rigatoni (Gallimard jeunesse, 2011), Andreas Steinhöfel poursuit les aventures rigolotes de ses deux héros dans Mystère et boules de loto (parution le 27 avril). Où il est question d'un trafic de sacs à main.

MystereBoulesLotoHistoire de se mettre la pêche, signalons aussi un nouveau Susin Nielsen: Moi, Ambrose, roi du scrabble chez Hélium le 2 mai 2012.

MoiAmbroseRoiScrabble

Pour finir, les éditions Didier jeunesse annoncent la parution de deux albums photographiques de Jill Hartley: Croise les doigts et ça pique, c'est doux. Sortie le 9 mai. Présentation de l'éditeur : ça pique, c'est doux :  "Un piment, un poussin rose fluo, une barbe de papa, une barbe à papa, un cactus, une chenille, un escargot… Une image qui nous fait dire aïe !, et une qui nous plonge dans la douceur d’un nuage… Une alternance très réussie de photographies lumineuses, avec lesquelles il est facile de jouer avec son tout-petit ! " / Croise les doigts : " Jill Hartley a saisi une particularité amusante de notre environnement quotidien : la multiplicité des croix qui nous entourent ! Publicité, tag, échafaudage, signalétique routière, carrefour et fils électriques… Saurez-vous les retrouver ? Un album à emmener partout avec soi pour traquer les croix du quotidien…"

 CEstDouxCaPique

(Ill. de couvertures : copyright Albin Michel jeunesse / Hatier / Gallimard jeunesse / Hélium / Didier jeunesse)

 

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18 avril 2012

Comment se débarrasser (ou non) de préjugés sur la Bit lit

CommentSeDébarrasserVampireAmoureuxAlors que j'avais jusque là résisté avec bravoure à la déferlante Bit lit amorcée par le phénomène Twilight, je viens pourtant de me faire méchamment prendre au piège comme une débutante. Actuellement dans une période où chaque livre ouvert retourne directement dans ma bibliothèque au bout d'une demi heure, je cherchais LE livre qui arriverait à retenir mon attention. Ayant lu quelques comptes-rendus de lectures du roman de Beth Fantaskey à l'occasion de la sortie de la suite de Comment se débarrasser d'un vampire amoureux (éditions du Masque, coll. Msk, 2009 / Jessica's Guide to Dating on the Dark Side), j'ai succombé à la curiosité ainsi qu'à la facilité intellectuelle. C'est terrible mais là où de très bons romans ont échoué à m'intéresser, celui-ci a réussi l'exploit de capter mon attention dès les premières pages et ce, malgré des défauts a priori rédhibitoires à mes yeux. On sait l'importance du plot dans la littérature anglo-saxonne, ce qui la rend si populaire. Les écrivains américains, souvent  passés par la case des ateliers de creative writing, sont experts dans l'écriture de page turner. Alors, effectivement, ce roman possède tous les ingrédients du best-seller : une intrigue addictive (et en même temps sans intérêt), une histoire d'amour romantique, de l'humour qui peut se faire passer pour du second degré, un semblant de fond culturel. Mais impossible d'oublier de nombreux éléments tellement stéréotypés qu'on en hurlerait d'horreur parfois. Le pire concerne les relations hommes / femmes : les discussions d'adolescentes se révèlent souvent d'une niaiserie hallucinante (en caricaturant à peine : "oh! ah! les beaux pectoraux des mâles.", "waouh, trop classe ton balayage!"), les hommes doivent être galants, pleins de fougue, prêts à défendre leur princesse fragile (généralement une femme-enfant qui ne sait pas encore qu'elle est une femme fatale) de tous les dangers. La légende édifiante du Prince Charmant et sa cohorte de jeunes filles en pâmoison a encore de beaux jours devant elle. En fait, cette Bit lit n'a aucunement pour ambition de revisiter le mythe du vampire mais bien de noyer les adolescentes dans un bain de guimauve romantique et exotique bien rassurant, bien consensuel. Au final, le lecteur - ou plus sûrement la lectrice - se laisse happer sans défense car évidemment, si ce type de romans relève du pur divertissement style "On lit, on oublie", il n'en reste pas moins diablement efficace. Et le piège se referme sur l'accro qui attend avec impatience la suite...Plaisir coupable?

CommentSauverUnVampireAmoureux

Comment se débarrasser d'un vampire amoureux, Beth Fantaskey, trad. de l'anglais par Elsa Ganem, éditions du Masque, coll. Msk, 2009; Comment sauver un vampire amoureux, Beth Fantaskey, trad. de l'anglais par Marie Cambolieu, éditions du Masque, coll. Msk, 2012.

(Ill. de couvertures : copyright éditions du Masque)

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12 avril 2012

Conservation du patrimoine

GedeonSkiOn sait, et l'on déplore, que la durée de vie d'un livre soit de plus en plus courte. Une nouveauté chassant l'autre, les libraires ne peuvent pas absorber la production éditoriale dans leurs rayons sans avoir recours aux retours. S'ils maintiennent tant bien que mal un fonds d'ouvrages (classiques, coups de coeur, littérature locale...), ils doivent faire des compromis et des choix. Les éditeurs jonglent eux-mêmes entre fonds et nouveautés pour leur catalogue. Dans un tel contexte, difficile pour un titre de s'installer et de devenir un long seller ou même un classique. Mais, à l'inverse, depuis quelques années, on voit fleurir chez les éditeurs jeunesse les rééditions patrimoniales. Ces redécouvertes vintage inaccessibles au grand public dans leurs versions originales accompagnent un mouvement récent de légitimation de la littérature enfantine, une envie de mieux connaître son histoire et ses jalons indispensables.

Petit tour d'horizon non exhaustif des parutions récentes et des collections dédiées :

Parmi les précurseurs, on peut citer les éditions Circonflexe qui ont créé dès les années 90, la très belle collection Aux couleurs du temps destinée à la redécouverte ou à la découverte des trésors de l'enfance du monde entier. Je dois beaucoup à cette collection à la fabrication soignée qui m'a fait découvrir Robert McCloskey, Virginia Lee Burton, Roger Duvoisin ou Marjorie Flack. Depuis 2011, l'éditeur a créé sur le même principe Aux couleurs de l'Europe, en association avec la Jugendbibliothek de Munich, à l'objectif patrimonial et géographique. C'est vraiment passionnant de découvrir ces auteurs des pays de l'Est ou des pays nordiques, par exemple, inconnus chez nous.

LaissezPasserCanards

HenriPetitCerf

Si les éditions du Père Castor entretiennent un fonds de classiques indémodables, certains des titres emblématiques de son histoire éditoriale n'étaient plus disponibles que sur les étals des libraires d'ancien. Précurseur, Paul Faucher avait notamment travaillé avec des artistes de l'avant-garde russe comme Nathalie Parain, Feodor Rojankovsky ou Alexandra Exter entre autres. Grâce à des passionnés regroupés au sein de l'association Les Amis du Père Castor (à Meuzac en Haute-Vienne), quelques-uns de ces chefs-d'oeuvre font l'objet d'éditions en fac-similés : Les images à colorier d'Hélène Guertik, Les Panoramas d'Alexandra Exter, Je fais mes masques et Ribambelles de Nathalie Parain, et bien d'autres encore...Parallèlement, l'Ecole des loisirs a publié en deux volumes les huit titres de la cultissime collection Le Roman des bêtes écrite par Lida et dessinée  par Rojankovsky. Sur ces rééditions, on peut juste regretter que l'impression en offset ne rende pas toujours justice à des illustrations auparavant reproduites par des techniques de gravures (lithographie ou zincographie).

Ribambelles

RomanBetes

Je suis encore obligée de les citer  mais les éditions Memo, depuis leur création en 1993, oeuvrent avec un grand professionnalisme à la redécouverte de livres d'images oubliés à travers trois collections :

  • Classiques étrangers pour tous : Le petit monde du peintre roux (Janusz Stanny, 1961), Histoire de Chien et de Chat (Josef Capek, 1929)...
  • Les grandes rééditions : Cirkus (Elisabeth Ivanovsky, 1933), Le coeur de pic (Lise Deharme, Claude Cahun, 1937)...
  • La collection des Trois Ourses : Animaux à mimer (Serge Tretiakov, Alexandre Rodtchenko, 1926), Mon premier livre de contes et comptines (Francizska Themerson, 1947)...

PetitMondePeintreRouxDepuis 2011, Paul Fustier, un des éditeurs de Circonflexe, a également créé les éditions Le Genévrier initialement consacrées à la publication des albums américains récompensés par la médaille Caldecott. Ce prix décerné par l'American Library Association existe depuis 1938. Les premières parutions du Genévrier nous ont enchanté avec Noir et blanc de David Macaulay (1991), L'empereur et le cerf-volant de Jane Yolen et Ed Young (1968), une façon d'embrasser près d'un siècle de littérature illustrée anglo-saxonne...NoirEtBlanc

Pour finir, parlons des éditions Didier jeunesse qui viennent de lancer la collection Cligne Cligne début avril 2012 afin de mettre en lumière des titres français ou étrangers oubliés en respectant au mieux l'édition originale dans le choix des maquettes et mises en pages. Initié par Loïc Boyer qui aime chiner des livres du monde entier, chaque ouvrage comporte en plus une notice de présentation de l'auteur. Où est Maman Ourse? (Two Bear Cubs, 1982) d'Ann Jonas et Un garçon sachant siffler (Whistle For Willie, 1964) d'Ezra Jack Keats.

OuEstMamanOurse

Et puis, au-delà des collections consacrées, certains éditeurs décident parfois de faire redécouvrir certains titres ou auteurs en particulier. Voici quelques-unes des parutions les plus significatives :

Chez Tourbillon : Hélène et son lion (Ellen's Lion, 1959, 2004) et La Plage magique (Magic Beach, inachevé, 2006) de Crockett Johnson.

PlageMagiqueAlbin Michel jeunesse a réédité les albums si originaux de Peter Newell: Le livre en pente (The Slant Book, 1910, 2007), Le livre fusée (The Rocket Book, 1912, 2008), Les petites siestes de Polly (The Naps of Polly Sleepyhead, 1906-1907, 2009), ainsi que les oeuvres de Richard Scarry (Animaux, Je suis un lapin).LivreFuseeJeSuisUnLapinGallimard jeunesse qui exploite déjà l'oeuvre de la grande Beatrix Potter et nombre de classiques incontournables (Eloïse, Le Petit Prince...) a eu la riche idée de proposer aux enfants une anthologie des aventures originales de Georges le petit curieux (Curious George, 1941-1966) de Hans August et Margret Rey (2007). L'éditeur a aussi remis au goût du jour Lettres des îles Baladar de Jacques Prévert et André François (1952, 2007), Le lion heureux de Louise Fatio et Roger Duvoisin (The Happy Lion, 1954, 2005) ou la Folle poursuite de Clement Hurd (The Merry Chase, 1941, 2006). A quand la reprise des Winnie l'ourson qui ne sont plus accessibles dans leur version d'origine en France?

LettresAuxIlesBaladarGeorgesPetitCurieuxAlors que les éditions Nathan ont supprimé de leur catalogue les romans des Moumines de Tove Jansson qu'elles éditaient depuis les années 60, c'est un tout petit éditeur poitevin Le Petit Lézard qui se lance tout d'abord dans la traduction inédite en français des aventures du troll en bandes-dessinées (4 tomes, 2007- 2010, + une biographie Une vie avec les Moomins de Juhani Tolvanen, 2009). La bonne nouvelle, c'est que cet éditeur se lance désormais dans la publication des romans. Après Moomin et la grande inondation (Smatrollen och den stora översvämningen, 1945, 1991, 2010), il annonce pour mai 2012, la parution du deuxième volet intitulé Moomin, la comète arrive (Kometen kommer, 1946, reman.1968, 2006, 2012) dans la traduction de Kersti et Pierre Chaplet. Parallèlement, le département jeunesse des éditions Glénat avait permis aux enfants de (re)découvrir les albums des Moumines : L'histoire de Moumine, Mumla et Petite Mu : que crois-tu qu'il arriva? (Hur gick det sen?, 1952, 2009) et Qui va rassurer le Tibou? (p'titGlénat, Vem ska trösta knyttet?, 1960, 2009), deux pépites.

MoominGrandeInondationQueCroisTuQuIlArrivaLa vie éditoriale française des oeuvres d'Edward Gorey s'avère mouvementée (lire à ce sujet l'article de Cécile Boulaire sur le blog Album'50'). C'est encore un petit éditeur qui aujourd'hui perpétue l'oeuvre de l'illustrateur américain. Les éditions Attila comptent à leur catalogue quelques-uns de ses chefs-d'oeuvre: La trilogie de Treehorn (The Shrinking of Treehorn, 1971; Treehorn's Treasure, 1981; Treehorn's Wish, 1986) écrite par Florence Parry Heide (2009-2010), Les Histoires de Donald (For Donald and The..., 1969; For Donald Has A Difficulty, 1970) de Peter F. Neumeyer (2011), Les enfants fichus (2011, The Gashlycrumb Tinies, 1963). Une nouvelle parution pour mai 2012 est prévue (Le couple détestable,The Loathsome Couple, 1977).EnfantsFichus

Chez Casterman, on a découvert la série rétro de guides touristiques de l'illustrateur tchèque Miroslav Sasek parue dans les années 60. On part ainsi à la découverte de Venise, Londres, New-York, Rome (2009), San Francisco, Israël, Hong Kong (2010).SanFrancisco_Sasek

La Joie de lire vient de rééditer deux ouvrages parus dans les années 60 d'une auteur hongroise Eva Janikovszky : Incroyable mais vrai (Akar hiszed, akar nem, 1965, 1977, 2011) et Moi, si j'étais grand, 2011. Le capitaine Massacrabord de Mervyn Peake revoit également le jour (Captain Slaughterboard drops Anchor, 1939, 2011). Cette maison d'édition avait déjà à la fin des années 90 rendu disponibles certains titres de Léopold Chauveau : Petit poisson devenu grand (1928, 1999), Histoire de Roitelet (1928, 1999), La poule et le canard (1926, 1998), Les deux font la paire (1937, 2003).

MoiSiJEtaisGrandCapitaineMassacrabordCitons également la réédition de deux ouvrages aux éditions Chandeigne : Kô et Kô les deux esquimaux de Pierre Gueguen et Maria-Helena Vieira da Silva (2005), un chef-d'oeuvre publié pour la première fois en 1933 et Il était une fois un alphabet de Marcelle Marquet et Souza Desnoyer (1951, 2009).

Ko&Ko

On peut terminer en signalant les rééditions de Wondriska chez Hélium, le fac-similé de la première version manuscrite d'Alice au pays des merveilles chez Frémok, les livres de Bob Gill chez Phaidon et aux éditions des Grandes Personnes, ou encore Les larmes de crocodile d'André François chez Delpire...

Evidemment cette liste n'est en aucun cas exhaustive et en constante évolution. Certaines rééditions patrimoniales disparaissent aussi des catalogues des éditeurs après un ou plusieurs tirages (ex : la série des Tim d'Edward Ardizzone chez Autrement), certains titres, au contraire, constituent la base traditionnelle et incontournable du travail de quelques éditeurs (ex : Benjamin Rabier chez Tallandier). Les livres d'Enzo Mari, de Maurice Sendak ou de Tomi Ungerer forment le squelette du catalogue mythique de l'Ecole des Loisirs. Si la littérature anglo-saxonne est très présente, les éditeurs s'orientent de plus en plus vers d'autres secteurs géographiques comme les pays nordiques ou de l'Est. L'avant-garde russe aux chefs-d'oeuvre innombrables retrouve elle-aussi ses lettres de noblesse depuis quelques années. On ne peut que se réjouir de cette tendance actuelle de redécouverte de l'histoire littéraire enfantine internationale qui valorise le travail des auteurs et illustrateurs longtemps méprisés ou méconnus.

TimSauveGinger

A lire :

  • Littérature enfantine : de quelques classiques anglais par Marcelle Bouyssi, BBF, 1959, t.4, n°5.
  • Qu'est-ce qu'un classique pour la jeunesse? entretien avec Marc Soriano et le Bulletin des bibliothèques de France, BBF, 1973, t.18, n°02.
  • Quand vivent longtemps les êtres de papier par Joëlle Turin, La revue des livres pour enfants, n°193-194, pp. 51-60, juin 2000.
  • Tim, Georges et le Petit père Renaud, par Catherine Chaine, La Revue des livres pour enfants, n°193-194, pp. 97-100, juin 2000.
  • Aux couleurs du temps, rencontre entre Michèle Cochet et Paul Fustier, La Revue des livres pour enfants, n°193-194, pp. 103-106, juin 2000.
  • Petite fabrique de classiques : la sociologie au service de la littérature de jeunesse par Hélène Weis, La Revue des livres pour enfants, n°193-194, pp. 113-115, juin 2000.
  • Jeunes et jaunis : que sont devenus les héros pour la jeunesse?, par Sophie Bourdais, Télérama, n°2868, 29 décembre 2004.
  • Classiques : une jeunesse à la mode vintage, par Claude Combet, Livres Hebdo, n°831, pp.18-19, 3 sept. 2010.
  • Les Cahiers du C.L.P.C.F n°12 : Le livre de jeunesse, un patrimoine pour l'avenir?, décembre 2006

(Ill. de couvertures : copyright Tallandier / Circonflexe / Circonflexe / Flammarion- Association des Amis du Père Castor / Ecole des loisirs / Memo / Le Genévrier / Didier jeunesse / Tourbillon / Albin Michel jeunesse / Albin Michel jeunesse / Gallimard jeunesse / Gallimard jeunesse / Le Petit Lézard / P'titGlénat / Attila / Casterman / La Joie de lire / La Joie de lire / Chandeigne / Autrement).

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09 avril 2012

Le roi des enfants

Histoires_Babar80 ans que Babar enchante les petits de ses aventures. De nombreux auteurs de livres pour enfants dont Maurice Sendak citent l'art de Babar comme une référence. Pour fêter cet anniversaire, deux expositions conjointes ont été organisées : Les histoires de Babar au Musée des Arts décoratifs (8 décembre 2011 au 2 septembre 2012) et La fabrique de Babar à la BNF (13 décembre 2011 au 29 janvier 2012). A cette occasion est paru un superbe catalogue absolument passionnant, un vrai trésor pour tous les amoureux de livres pour enfants.

L'iconographie extrêmement riche se compose de photos de la famille de Brunhoff, de reproductions de planches originales, d'esquisses, d'études, de photos des produits dérivés... Si les origines de ce héros intemporel sont bien connues, on découvre également les coulisses de sa création, ainsi que le point de vue distanciée mais affectueux de spécialistes de la mode, des couleurs, de la bande-dessinée qui analysent à leur manière les histoires de l'éléphant au costume vert ayant marqué leur enfance.

A lire :

  • Ce bel ouvrage au dos toilé s'ajoute à un livre plus ancien paru à l'occasion du soixantième anniversaire de Babar : L'Art de Babar : l'oeuvre de Jean et Laurent de Brunhoff, Nicholas Fox Weber, Nathan image, 1989. L'auteur étudie les albums en insistant sur le contexte de leur création et révèle les influences artistiques des illustrateurs.
  • Drawing Babar : Early Drafts and Watercolors, The Morgan Library & Museum, 2008.
  • De mémoire de Babar, Paul Fournel, Hachette jeunesse-Centre de promotion du livre de jeunesse de Seine-Saint-Denis, 1998.
  • Vive Babar! par Annie Pissard, La Revue des livres pour enfants, n°81-82, pp. 26-30, 1981.
  • Hommage à Babar pour son cinquantième anniversaire, par Maurice Sendak, La Revue des livres pour enfants, n°81-82, pp. 22-25, 1981.
  • Jean de Brunhoff, inventer Babar, inventer l'espace par Isabelle Nières-Chevrel, La Revue des livres pour enfants, N°191, pp.109-120, février 2000.

Sur le web

  • Un bel article d'Isabelle Nières-Chevrel dans la revue Strenae, n°3, 2012 : Les albums de Jean de Brunhoff : usages de la couleur.
  • Freeing the Elephants, What Babar Brought d'Adam Gopnik, The New Yorker, 22 septembre 2008.
  • L'hommage de Laurent de Brunhoff à son père Jean.

Les histoires de Babar, sous la dir. de Dorothée Charles, BnF-Les arts décoratifs, 2011

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05 avril 2012

Papa-poule

Louise_VictorElle s'appelle Louise, elle est haute comme trois pommes, son crâne arbore quelques frisettes clairsemées, ses moues deviendront populaires, c'est sûr. Si Louise ne parle pas encore, elle sait très bien ce qu'elle veut et comment l'obtenir. Il faut dire qu'elle a un papa, Victor, très attentionné et à l'écoute, capable de bricoler des machines farfelues comme le Patat'omatic (une invention à la Wallace et Gromit). Cette nouvelle série au petit format à destination des tout-petits s'avère vraiment réjouissante. L'humour et la tendresse irriguent les pages de ces histoires intimistes et puis, l'auteur, Markus Majaluoma, sort des portraits stéréotypés avec ce papa-poule (célibataire?) qui porte le pantalon pattes d'eph' à carreaux le plus loufoque qui soit. Sa fantaisie digne d'un Sven Nordqvist s'appuie sur un dessin à la Babette Cole tout en rondeur. Et surtout, n'oubliez pas de lire les pages de garde car elles sont délicieusement drôles!

Louise et Victor de Markus Majaluoma, traduit du finnois par Lucie Labreuille, La Joie de lire, 2012 (Hulda ja Jalmari, 2006); Louise et la grenouille en robe des champs, Markus Majaluoma, traduit du finnois par Lucie Labreuille, La Joie de lire, 2012 (Suu auki, Hulda pottusammakko tulee!, 2008)

LouiseEt_LaGrenouille(ill. de couvertures : copyright La Joie de lire)

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